MON EXPÉRIENCE GEOS

Paul Chevalier

Enseignant la technologie en Collège

L'informatique est arrivée à l'école par le Thompson TO3 puis TO7 et même TO9 qui faisaient partie de la dotation "dix mille ordinateurs pour l'école" vers 1984, suivie à l'initiative des collectivités et des établissements scolaires de dotations en PC 8088 à partir de 1988.

Au commencement était un Commodore PC 8088 avec un disque dur de 10Mo et un écran couleur et trésor caché : Ensemble 1 avec Geowrite et Geodraw déjà presque comme nous les connaissons : en couleurs et avec ce graphisme indéfinissable et cette interface sublime, le tout en Français. Et déjà on pouvait imprimer en couleurs sur une Deskjet 500C. Le système était un peu lent mais à l'époque, on n'était pas trop exigeant sur ce point. Mes élèves arrivaient déjà à créer des documents techniques assez complexes avec des dessins Geodraw intégrés : un must pour ce temps là !

L'ERE GEOS 2

Puis nous sommes passés à Geos 2 non traduit. Les élèves se sont très vite adaptés : ce n'était pas un problème pour eux et en plus ils apprenaient quelques bribes d'anglais. C'était un temps béni : il y avait une forte émulation entre les élèves qui découvraient l'informatique et n'avaient pour la très grande majorité pas d'ordinateur à la maison. Nous avons fait de la belle ouvrage. Il y avait le tableur GeoCalc et la base de données GeoFile et de nettes améliorations tous azimuts.

LE PRINTEMPS DE NDO

Ensuite NDO 97 remarquablement traduit en Français par Marc Sinsoillier qui par ailleurs éditait une lettre de liaison très bien faite pour les amateurs de NewDeal. Puis NDO3 introduisit de forts progrès dans l'affichage. J'ai peu utilisé ces deux versions qui sont venues rapidement.

L'AUTOMNE DE NEWDEAL

Enfin, le nec plus ultra pour moi NDO 3.2a en version Schoolsuite (je pense qu'il y avait une version dite Office) et surtout réseau. J'ai pu avoir ma licence "Etablissement" de justesse avant que NewDeal ne s'effondre définitivement.

Au départ, ma philosophie a été d'utiliser au maximum la motivation des élèves en les faisant participer le plus possible à l'installation des postes pour la plupart (et du serveur en club pour les plus accros). Les agents d'entretien nous ont aussi aidé pour passer les câbles dans les combles par exemple. Ainsi, je n'ai pratiquement jamais eu de problèmes de dégradation, chaque élève se sentant responsable. De plus , pour le serveur Netware 3.12, n'ayant que trois licences "Education Nationale" limitées chacune à dix postes je décidais d'installer trois serveurs séparés (baptisés Rouge, Vert, Bleu comme les couleurs de base d'affichage). Pour chaque serveur et chaque classe un responsable élu assurait une maintenance "de base"et une bienveillante assistance aux camarades de son groupe de travail (attaché à un serveur). Le principe était : UN ordinateur pour UN élève. Chaque élève dispose d'un espace personnel sur le serveur. Chaque classe dispose d'un espace qui lui est propre. Tout le monde a accès à un espace public. Les élèves doivent utiliser l'ordinateur pour "tout" = un maximum d'activités. Dès la sixième, le premier geste à l'entrée en classe : on se connecte.

Pour le matériel, j'ai récupéré chez un "broker" local une trentaine d'UCs IBM 486 avec des cartes Etherlink III plus quatre serveurs HP avec chacun deux disques SCSI de 2,1 Go et 96 Mo de RAM (un serveur de rechange) et trois imprimantes EPSON Stylus 900, 850 et 600 très similaires et fonctionnant avec le même pilote NewDeal. Le tout pour trois fois rien. L'administration fournit le câble et les fournitures et nous installons l'ensemble -c'est bien le cas! Presque une année scolaire pour que tout soit au point. En attendant, nous fonctionnons avec une installation complète sur chaque poste : difficile à gérer !

Mais après : le must ! Newdeal fonctionne sur le serveur. Seuls des fichiers de base (User Files environ 1 Mo) sont sur le poste avec les drivers DOS et les outils de connection Netware. Chaque élève a ainsi son espace de travail NewDeal sur le serveur -dans son dossier personnel- et gère lui-même son dossier, choisit ses fonds d'écran, ses économiseurs (les élèves adorent) et gère son agenda et son pense-bête (Yellow Thingy). Il a l'heure et la date "officielle" fournie par le serveur à NewDeal.

Les serveurs ont des disques SCSI en miroir pour limiter les risques. Je ne fais pas de sauvegarde : rien n'est vraiment critique. Le serveur est éteint chaque week-end et donc se ré-initialise. Netware 3.12 est, contrairement aux idées reçues, très simple à installer et implémenter et d'une robustesse et fiabilité à toute épreuve. Ndo3.2a est aussi très stable. Les plantages viennent essentiellement d'un manque de "handles = redirecteurs" lors de travaux complexes ou de bidouillages des élèves. Dans ce cas, comme cela n'affecte que leur espace personnel, ils font plus attention la prochaine fois. Il y a aussi quelques problèmes de manque de mémoire RAM surtout avec les manipulations de photos. Le plus frustant est la quasi impossibilité de se connecter correctement à internet. Ce n'est qu'un demi inconvénient car il n'est pas question, en collège de laisser les élèves surfer librement sur internet. En quelques minutes voire moins, les plus malins sont sur des sites douteux et les autres sur messenger. Même avec des objectifs précis, une charte ect... il faut des limitations.

Avec NewDeal, on a des outils très évolués largement suffisants en collège. Il n'y a plus qu'à travailler : dessins, présentations, graphiques, utilisation de la base de données, rapports de stage, lettres et même dessins techniques. Seule, l'intégration de photos dans les documents posait problème : l'affichage était correct, mais l'impression défectueuse. Le problème sera résolu bien plus tard avec la nouvelle librairie de Jens Michaël Gross qui donnera une excellente impression directement en postscript sur la performante laser HP3605 que nous avons achetée ensuite.

EVOLUTION

Après quelques années, considérant que les IBM 486 étaient un peu lents et aussi largement obsolètes, nous sommes repassés à l'étape "broker". J'ai trouvé encore 30 PC des P200 DELL et HP plus quelques P600 et P400 , un serveur P600 Net finity 3000 et surtout une super licence illimitée "Education Nationale" de Netware5 dont personne ne voulait. Et nous voilà repartis dans des travaux et configurations.

J'ai toujours créé une installation locale sur chaque poste avec double boot pour éviter que les élèves aillent y bricoler sans nécessité mais pouvoir quand même travailler en cas de panne du serveur. Cela n'est jamais arrivé.

Netware 5 travaillait en IP et aurait dû permettre un accès internet ADSL. Je n'y suis pas parvenu. Je n'ai pas non pu mettre en place l'accès aux élèves depuis chez eux, surtout par manque de temps mais aussi par manque de soutien hierarchique. C'est dommage, Breadbox aurait eu un bon paquet de licences à vendre ! Par contre les élèves pouvaient accéder de tout point du collège grâce encore au dual boot.

EPILOGUE

Bizzarement, Netware 5 s'est avéré souvent plus lent que 3.12 dans les connections réseau, avec des temps de latence plus élevés malgré le passage de 10Mbps à 100Mbps et l'utilisation de switches au lieu de Hubs et même avec 784Mo de mémoire ECC au serveur. Les postes de travail avec des P200 et 32 Mo de RAM, c'est optimum pour NDO 3.2a : plus n'apporte rien.

C'était le temps où les réseaux scolaires étaient sur Win 2000 server puis 2003 goumands en ressources et complexes à bien gérer pour du personnel peu ou pas formé, ce qui fait que nombre de serveurs ont dormi dans les placards ou tourné pour rien. Puis on est passé à Ubuntu avec des efforts de formation mais cela paraît encore bien compliquéà gérer.

Le passage à Netware 5 a apporté au prof un très grand confort de travail. De mon bureau, je peux gérer l'ensembledu réseau avec Newdeal sur XP ; contrôler l'impression ; vérifier le trafic ; et même voir en temps presque réel -retard : une minute- l'avancement du travail d'un élève. Ma carte graphique permet la résolusion max 1024x1280 24 bits extra pour un moniteur19 pouces et un maximum d'infos.

POUR LA FIN

Mes "vieux" P200 viennent de prendre le chemin du recyclage remplacés par seize P4 flambants neufs avec Ubuntu. Séduisant, mais les élèves travaillent à deux sur un poste, la convivialité logicielle n'est pas au rendez-vous, on ne peut pas faire autant de choses etc...

Maintenant à la retraite, j'utilise toujours NewDeal sur XP pour la plupart de mes travaux informatiques même mes plans de projets (avec NewDraw) et mes inventaires avec le méconnu mais excellent NewFile. Et aussi Banker pour suivre certains financements : très smart. L'agenda est aussi très commode à utiliser. Mon petit fils (six ans) aime bien travailler sur Newdeal, surtout les jeux et GeoCosmos.

Le principal problème est l'accès internet. L'ADSL est très difficile à configurer et de toute façon, le navigateur est totalement obsolète pour les énormes sites actuels bourrés de publicités .vidéos et autres widgets souvent inutiles pour le site mais sans doute bons pour les affaires.

Pour l'école, le mieux serait sans doute d'utiliser l'idée Jens Michaël Gross un navigateur dédié avec par exemple VNC sur un serveur qui "digérerait" le site pour Newdeal. Il n'y aurait plus qu'à "se servir" et Newdeal saurait le faire malgré ses possibilités limitées en gestion mémoire et ressources. Gros avantage pour l'école, il serait possible de contrôler la navigation, de limiter certains sites, certaines activités etc...

Pour les particuliers, la même solution serait possible sur une seule machine mais il faudrait Windows ou Linux en support.

ET L'AVENIR ?

Actuellement les geos-programmeurs sont sur les dents, en train de préparer la nouvelle mouture : Geos32. John et Frank ont donné la feuille de route pour une sorte de netbook modulaire peu cher à vocation éducative. Cela me paraît un bon objectif. J'ai toujours été persuadé que Geos était un produit doué pour l'école. Avec un boîtier "mode" et robuste, une autonomie suffisante et suivant le prix, il peut faire un tabac. Restent la production , la commercialisation et le suivi technique sans compter qu'il faudra convaincre les milieux éducatifs toujours attachés à la base installée...

Un beau challenge en pespective.

Paul Chevalier, Octobre 2009